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La République - Platon | José Lillo

Historique de cette incroyable photo de Valentin Ogirenko (Reuters) qui illustre la pièce et représente une dispute vraisemblablement épique au parlement... ukrainien!

La République, de Platon, un spectacle de José Lillo à découvrir du 11 au 23 octobre 2022 au Théâtre Pitoëff, Genève.

La République de Platon a été écrite il y a 25 siècles.

Cette joute verbale, opposant Socrate aux puissants est le texte fondateur de la théorie politique le plus lu et le plus influent de tous les temps. Et pourtant, de nombreux aspects en demeurent occultés.

On ne s’attendrait pas à y trouver un plaidoyer féroce en faveur d’une société décroissante. Pas plus qu’on ne lui soupçonnerait d’exhorter à une société où l’égalité absolue entre les femmes et les hommes serait atteinte.

On est sidéré en y lisant la démonstration la plus implacable qui soit contre le profit illimité et la nocivité qu’il engendre, déstabilisant l’ordre social, multipliant la misère et la pauvreté, et favorisant ainsi la sédition et le surgissement des tyrans.

La République est une mise en garde éclairée contre les périls qui menacent les sociétés lorsqu’elles sont livrées, pieds et poings liés, à des intérêts minoritaires au détriment des valeurs cardinales qui structurent leur cohésion.

Elle est également une vibrante apologie de l’éducation et de la justice.

Georges Leroux, traduction ©Flammarion - José Lillo, mise en scène et adaptation

Avec Jean-Alexandre Blanchet, Felipe Castro, François-Xavier Fernandez-Cavada , Charlotte Filou, Christian Gregori, Hélène Hudovernik, José Lillo, Jacques Probst, Mariama Sylla

Source: https://www.leprogramme.ch/theatre/la-republique-platon-jose-lillo/geneve/theatre-pitoeff/

Génialissime!

Comment Lillo a-t-il réussi à caser les centaines de pages de cette oeuvre majeure en deux heures d'un spectacle, certes soutenu, mais néanmoins parfaitement digeste reste une énigme pour moi.

Une très, très belle brochette d'acteurs - dont de magnifiques Socrate multiples (ah, François-Xavier Fernandez-Cavada, fantastique entre son jeu initial minimaliste, puis outrancier, son accent forcé et son anthologique scène de “juste colère”), à l'image des facettes de cet énigmatique père de la philosophie.

François-Xavier Fernandez-Cavada from Comédie de Genève on Vimeo.

(rien à voir avec le spectacle mais ça donne une idée du bonhomme)

C'était vraiment un tout grand moment de théâtre, mais aussi de relecture du grand classique qui reste d'une mordante actualité, y compris dans des thématiques aussi modernes que le féminisme, l'écologie (voire la décroissance), la tentation totalitaire et, plus largement, la lutte contre les exclusions.

Y'a de tout, j'vous jure!

Enfin, la scène finale - la célébrissime Caverne, avec l'excellent Felipe Castro, dans un jeu toute en finesse élégante, illustre une thèse éthique (le devoir du philosophe)) que j'ai trouvé très intéressante, alors que je connaissais pas du tout cette lecture.

Chapeau, les artistes.

Et bien sûr, je me suis remis à la lire, cette fichue République, ce pour la 6e fois, vu qu'après (au moins) cinq lectures j'ai encore raté plein de choses.

(rappelons quand même que ce texte a env. 23 siècles…!)

(Socrate)

– Suivons donc notre principe et attribuons aux femmes le même naturel et la même éducation qu’aux hommes, et voyons si cela convient ou non.

(Glaucon, un gros con mais qui le sera moins à la fin de la leçon)

– Comment ? dit-il.

– Ainsi : croyons-nous que les femelles des chiens de garde doivent veiller comme les mâles sur les troupeaux, chasser avec eux et faire tout en commun, ou qu’elles doivent garder le logis, comme incapables d’autre chose que d’enfanter et d’élever des petits, tandis que le travail et le soin des troupeaux seront le partage exclusif des mâles ?

– Nous leur demanderons de tout faire en commun, dit-il, mais en tenant compte de la faiblesse des unes et de la force des autres.

– Est-il possible, repris-je, de mettre un animal au même usage qu’un autre, si on ne le nourrit et ne le dresse pas de la même manière ?

– Ce n’est pas possible.

– Si donc nous imposons aux femmes les mêmes fonctions qu’aux hommes, il faut aussi leur donner la même éducation.

– Oui.

– Or nous avons enseigné aux hommes la musique et la gymnastique.

– Oui.

– Dès lors il faut que les femmes aussi aient part à ces deux arts, et à l’art de la guerre, et qu’elles soient traitées de la même manière.

– Cela ressort, dit-il, de ce que tu dis.

– Mais peut-être, repris-je, il y a dans ce que nous disons des choses qui, parce qu’elles choquent la coutume, paraîtraient ridicules, si l’on en venait à l’exécution.

– Il n’y a pas de doute, dit-il.

– Qu’est-ce que tu y trouves, demandai-je, de plus ridicule ?

– C’est évidemment de voir les femmes s’exercer toutes nues dans les palestres avec les hommes, et non seulement les jeunes, bmais encore les femmes déjà avancées en âge, à l’exemple des vieillards qui se plaisent encore aux exercices du gymnase, alors qu’ils sont ridés et désagréables à voir.

– Oui, par Zeus, dit-il, cela paraîtrait ridicule, étant donné les habitudes d’aujourd’hui.

– Mais, repris-je, puisque nous avons commencé à dire notre pensée, ne craignons pas les plaisanteries des rieurs, quoi qu’ils puissent dire d’une innovation qui appliquerait les femmes à la gymnastique cet à la musique, et surtout au maniement des armes et à l’équitation.

– Tu as raison, dit-il.s

– Eh bien, puisque nous sommes en train de nous expliquer, abordons ce que cette institution a de choquant, et prions les rieurs de renoncer à leurs plaisanteries, d’être sérieux et de se souvenir qu’il n’y a pas bien longtemps que les Grecs trouvaient honteux et ridicule, comme encore aujourd’hui la plupart des barbares, que des hommes se fissent voir tout nus, et que, lorsque les Crétois d’abord, et ensuite les Lacédémoniens dse mirent à la gymnastique, les plaisants de ce temps avaient quelque droit de traduire en ridicule toutes ces nouveautés ; ne le crois-tu pas ?

– Si.

– Mais lorsqu’en s’exerçant ils s’aperçurent qu’il valait mieux se mettre nu que de cacher telle partie du corps, la raison mettant en lumière ce qui était le mieux fit évanouir le ridicule que les yeux trouvaient à la nudité et cet exemple fit voir qu’il n’y a qu’un homme superficiel qui attache du ridicule à autre chose que le mal et que celui qui cherche à faire rire en ridiculisant tout autre spectacle que celui de la folie et du vice poursuit sérieusement une autre fin que le bien.

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  • Dernière modification : 2022/12/03 09:20
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