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Georges Perec, Penser, Classer

Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? (…) Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ; une loi universelle régirait l'ensemble des phénomènes : deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche (…) Malheureusement ça ne marche pas, ça n'a même jamais commencé à marcher (…). N'empêche que l'on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon qu'il a un nombre impair de doigts ou des cornes creuses. C'est drôle TOUT de même !!!

J'ai été moins scotché que lorsque je l'avais lu vers le milieu des années '90, mais ça reste quand même un must.

Sans doute que l'âge m'abêtit.

Il y a quelques années j’ai eu, en l’espace de trois mois, l’occasion de prendre quatre repas dans quatre restaurants chinois respectivement situés à Paris (France), Sarrebrück (Allemagne), Coventry (Grande-Bretagne) et New York (États-Unis d’Amérique). Le décor des restaurants était peu ou prou le même et sa sinoïté s’appuyait chaque fois sur des signifiants quasiment identiques (dragons, caractères chinois, lampes, laques, tentures rouges, etc.). Pour la nourriture, c’était beaucoup moins évident : en l’absence de tout référent, j’avais jusqu’alors naïvement pensé que la cuisine chinoise (française) était de la cuisine chinoise ; mais la cuisine chinoise (allemande) ressemblait à de la cuisine allemande, la cuisine chinoise (anglaise) à de la cuisine anglaise (le vert des petits pois…), la cuisine chinoise (américaine) à quelque chose d’absolument pas chinois, sinon à quelque chose de vraiment américain.

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  • Dernière modification : 2022/09/06 19:40
  • de radeff